GARIBALDI
Le personnage

Giuseppe GARIBALDI est à l’Italie ce que Bonaparte est à la France. Les surnoms ne manquent pas pour qualifier ce personnage historique connu à travers le monde entier, de l’Amérique, à la Chine et l’Angleterre, en passant par l’Afrique du Nord. Tour à tour le "marin", le "chemise rouge" ou bien encore le "Che Guevara nissart", il a marqué le XIXème siècle de son empreinte. Mais s’il y en a un qui qualifie bien ce niçois emblématique, c’est celui de "héros des deux mondes". Des monts, des villes, des rues portent son nom. S'il y a bien un personnage niçois qui est connu dans le monde entier, c'est lui, Joseph Garibaldi. Révolutionnaire, défenseur de la liberté, figure devenu mythe. Le bicentenaire da sa naissance est l'occasion de revenir sur l'homme et de le redécouvrir.

Garibaldi est né à Nice le 4 juillet 1807 sur le port Limpia Sa mère lui apprend les rudiments du latin et de l’italien, ainsi que le glorieux passé de l’Italie romaine. Il reçoit une éducation religieuse. Par un étrange paradoxe de l'Histoire, celui qui sera, plus tard, entre autres, un des héros de l'Unité italienne est né français puisque Nice a été annexée à la France après l'invasion révolutionnaire de 1782. Mais cette nationalité de naissance ne préjugea en rien de l'universalité de l'homme. Son père venait de Chiavari, un petit port da la région de Gênes. Il était marin, patron d'une tartane. A la suite de la création du port Limpia en 1750, il s'installa à Nice, peut-être dans les années 1780 et la carrière de Joseph est alors toute tracée. Contre l'avis maternel, Il commença à naviguer à quinze ans en tant que mousse puis marin sur le bateau de son père la Santa Reparata et fait son premier voyage à Odessa. Il parcourt la Méditerranée et découvre les réalités de son temps : la guerre d'indépendance des Grecs face aux Turcs entre 1822 et 1828, les révolutions de 1830 en France et de 1831 en Belgique, Allemagne et Italie. Tous ces événements ont marqué !es consciences et permettant à une jeunesse passionnée de croire en un futur différent, respectueux des aspirations des minorités nationales, empreint de liberté, d'égalité et de démocratie. -

 

En 1833, la rencontre avec Giuseppe Mazzini est le véritable point de départ de la vie de Garibaldi. Giuseppe Mazzini est un des fondateurs du mouvement républicain italien. Exilé à Marseille par le gouvernement de Turin (Mazzini était lui aussi génois). il a fondé une société secrète Giovine Italia (Jeune Italie) dont le programma était : Unité. Indépendance, République pour l'ltalie. Séduit, Garibaldi y adhéra. Mazzini monte un complot destiné à renverser le jeune roi de Sardaigne, Charles-Albert (1788-1831-1848). Garibaldi, engagé dans la marine militaire sarde doit soulever la flotte dans le port de Gênes, tandis que deux troupes armées, venant de Grenoble et de Genève, envahiront la Savoie. L'expédition, le 31 janvier 1834 est un échec. Les colonnes se débandent ou sont prises par la police sarde. Garibaldi s'enfuit à Nice. En fuite, il rejoint Marseille où il apprend le 3 juin qu'il a été condamné à mort par contumace dans sa patrie. Il s'embarque alors pour l'Amérique du Sud sur le Nautonnier, un brick nantais. A peine arrivé à Rio de Janeiro, il se met au service d'une rébellion contre la couronne impériale brésilienne dans le Rio Grande do Sul de 1837 à 1841. Il arme un navire,"le Mazzini" et écume la côte atlantique. -

 

En 1839, il rencontre la brésilienne, Anna Maria Ribeira de Silva, puis l’enlève à son mari pêcheur et l’épouse à Montevideo. Elle lui donnera un fils l’année suivante, Menotti, en souvenir d’un patriote pendu à Modène en 1831. Ce mariage va finir de créer le "mythe Garibaldi". Puis lorsque le gouvernement de la république de l'Uruguay se rebelle contre l'Argentine, il s'engage à ses côtés de 1841 à 1848. Il forme à terre en 1843 une Légion italienne composée d'exilés politiques comme lui, les "chemises rouges" (employées normalement dans les abattoirs de Montevideo). Pendant des années, Garibaldi et ses hommes se battirent avec courage, tenant la défense de Montevideo pendant huit ans, de 1843 à octobre 1851, se battant à un contre six lors de la bataille de San Antonio le 8 février 1846. Ces victoires à l’héroïsme légendaire font connaître dans le monde entier le nom de Garibaldi. C'est à ce moment que le mythe garibaldien va prendre son essor, la presse européenne relatant les exploits de la Légion Italienne. Une souscription nationale fut même lancée en Italie pour offrir uns épée d'or à Garibaldi et une médaille d'argent à chacun de ses légionnaires héros italiens de la liberté et de l'indépendance. Le mars 1848, l'armée sarde était entrée en territoire autrichien, avait délivré Milan puis marchait sur Vérone. Il faut se rappeler que depuis la fin des guerres napoléoniennes et le congrès de Vienne de 1815, les troupes autrichiennes occupent la plus grande partie de l'Italie du Nord. Garibaldi revenu dans le Vieux Monde (il arrive à Nice le 25 juin 1848, précédé par sa femme et ses enfants), reçoit l'autorisation de lever, à Milan un corps réduit de volontaires. Il le conduit alors dans les Alpes afin de harceler les Autrichiens Mais l'armée sarde est battue le 25 juillet à Custozza, l'armistice est signé le 9 août. Pourtant les députés, comme les Niçois Bunico et Barralis poussent à la reprise de la guerre. Charles-Albert, contraint de reprendre la guerre en mars 1848 et une nouvelle fois défait par les Autrichiens à Novare, abdique le 23 mars 1848.

 

Après avoir continué à harceler les Autrichiens, Garibaldi est contraint de se réfugier en Suisse, trompe les garde-frontières sardes et accourt à l'aide de la République romaine menacée par les Français. Rome est prise, il veut alors se mettre au service des Vénitiens rebelles à l'empire autrichien. Mais sa femme meurt d'épuisement dans les marais de Comacchio le 4 août 1848 et Garibaldi est arrêté à Gênes où il s'était réfugié. Son gouvernement le condamnant à l'exil en Amérique, il redevient marin Il repart sur les mers : Tanger. Gibraltar. Liverpool, New York. Pérou, Chili, Australie. Indochine, et même la Chine le verront passer. Le gouvernement sarde le pardonne finalement en 1854. Après cinq ans passés à une vie tranquille sur l'île de Caprera. on le rappelle en 1858. L'Autriche déclare la guerre au roi Victor-Emmanuel II et on lui demande de prendre le commandement d'un corps exceptionnel de 3000 hommes. Là encore, le royaume de Piémont-Sardaigne signe l'armistice le 11 juillet 1859. Garibaldi a un autre souci, Victor-Emmanuel II doit honorer les clauses de l'alliance avec Napoléon III qui l'avait aidé contre l'Autriche. : la Savoie et Nice sont cédées à la France en échange de son aide. Garibaldi, amer, continue son action en faveur de l'Unité italienne. Le 4 avril 1860, une révolte éclate à Palerme ce qui fragilise le pouvoir des Bourbons Dans la nuit du 5 au 6 mai, Garibaldi part de Gênes avec 1000 volontaires (les " Mille") il débarque en Sicile puis remonte la botte italienne jusqu'à Naples dans le but de libérer l'Italie du Sud de la domination des Bourbons. -

Le 15 mai, les mille remportent la victoire de Calatafimi contre les Bourbons. Le 27 mai, ils entrent dans Palerme. Le 7 septembre, Garibaldi et ses troupes entrent dans Naples. Il donne les clés du Sud de l'Italie à Victor-Emmanuel II le 7 novembre 1860. Par ses luttes armées et son engagement pour la liberté, l'aura de Garibaldi rayonne de toutes parts. En 1861, au début de la guerre de Sécession, Lincoln lui propose un poste de général de brigade dans l'armée de l'Union. Mais Garibaldi ne peut accepter, obnubilé par la question de l'unité italienne. Alors qu'il sert son pays notamment dans la lutte pour libérer Rome des français en 1862 et en 1867, son gouvernement l'arrête à chaque fois et le renvoie en résidence surveillée sur son île de Caprera. On s'aperçoit que le régime italien s'est servi de lui officieusement comme d'une: épine dans le flanc des opposants mais à chaque fois le reniant sous le coup des pressions adverses. Lors de son séjour en Grande-Bretagne en 1864, il est accueilli en héros à la gare de Londres par une foule de 500 000 personnes. Il rencontre des révolutionnaires exilés comme Herzen et Bakounine. George Sand ne tarit pas d'éloges à son propos. Pour elle il incarne le héros romantique, défenseur des causes perdues. Alexandre Dumas écrit sa biographie. Il correspond avec Victor Hugo, entretient des contacts dans tous les pays et exhorte les minorités des Balkans à se rebeller contre l'empire Austro-hongrois. On veut le voir à la tête de la révolte polonaise antirusse en 1863 Maintenant que l’Italie est réunifiée, Garibaldi se retourne vers une autre cause à défendre Il se met au service de la IIIe République française lors de la guerre de 1870 contre la Prusse, après l'abdication de Napoléon III..,

Les 25 et 26 novembre, avec ses deux fils, Ricciotti et Menotti, à la tête de 10 000 tirailleurs français de l’Armée des Vosges, il remporte une victoire à Dijon (bataille de Dijon). C'est à cette occasion qu'il devient le seul des commandants français à avoir obtenu une victoire contre les Prussiens. C'est son dernier combat armé. Chromolithographie (1870) représentant Garibaldi en action contre les Prussiens en Bourgogne En 1871, Garibaldi est élu à l'Assemblée nationale française comme député de la Côte-d'Or, de Paris, d'Alger et de Nice. Cette quadruple élection fut cependant invalidée par l'Assemblée, à cause de ses idées séparatistes niçoises, entraînant la démission de Victor Hugo de son propre mandat de député en signe de protestation. En 1874, il devient député de Rome, et reçoit du parlement italien une rente nationale de 10.000 lires. En 1879, il fonde la Ligue pour la Démocratie, au programme radical. Garibaldi réclame notamment l’instauration du suffrage universel et l’abolition de la propriété ecclésiastique. En 1880, il se retire définitivement de la vie politique. Atteint d’une bronchite, Giuseppe Garibaldi décède le 2 juin 1882, à Caprera à l'âge de 64 ans. Le 8 juin suivant, le héros de l’unification de l’Italie se voit honoré de funérailles officielles. Il repose sous une énorme pierre tombale, digne de son histoire, face à la mer. 

LE MYTHE GARIBALDIEN Cette biographie a pour but de vous faire connaître ce personnage cher à tous les niçois. Mais pourquoi est-il si ancré dans le coeur des niçois ? Sa vie, son parcours ont fait de lui un véritable mythe. Et il faut comprendre pour quelles raisons. Tout était réuni dans son parcours, pour faire de sa vie un mythe. Contre l’avis de sa mère, il suit son père et de vient marin à l’âge de 13 ans. Ils écument les mers du monde en entier. Sa fuite en Amérique du Sud après sa condamnation à mort a posé les premières pierres du mythe aux yeux de la population. Et son mariage chevaleresque avec sa première femme, la naissance de son fils Ricciotti en pleine jungle puis la mort tragique de sa femme, ont fini de consacrer Garibaldi aux yeux du peuple italien et niçois. A tout ça, il faut rajouter ses victoires en Amérique latine, qui confèrent au mythe une dimension internationale. Et ce qui est remarquable dans cette mystification c’est qu’elle a commencé à apparaître vers 1834 soit lorsque le jeune Giuseppe n’était âgé que de 26 ans. L’influence de Garibaldi sur les autres lui a ouvert la voie vers le succès. Sa réputation l’avait précédé et si l’expédition des Mille a pu se réaliser c’est notamment grâce à son influence. Le mythe Garibaldien apparaît comme un des grands mythes fondateurs de l’Italie. Et la vie privée de ce « héros » y prend une part importante. Elle apporte le romantisme et le tragique nécessaire à tout mythe.

ANITA GARIBALDI

Anita Garibaldi, 1839. Ana Maria de Jesus Ribeiro, connue sous le nom d'Anita Garibaldi, est née à Laguna le 30 août 1821. L'adolescence [ Anita était de famille modeste, descendant de portugais immigrés du Açores dans la province de Santa Catarina, au XVIIIe siècle. Le père, Benito, était plombier, il épouse Maria Antonia de Jesus, qui lui donnera six enfants, dont trois nés à Coxillas et trois autres à Morrinhos. A la mort du père et des trois fils, la mère et les trois filles déménagent à Carniza. Anita dut bien vite aider à la subsistance familiale, si bien qu’à l'âge de 14 ans, sur le conseil de la mère, elle épousa le 30 août 1835 à Laguna Manuel Durante de Aguiar, cordonnier de condition aisée, mais aux idées monarchistes. Après seulement trois années de mariage, le mari s'engagea dans l'armée impériale, en laissant la jeune épouse. La rencontre avec Garibaldi C’était en 1839, que le jeune italien, Giuseppe Garibaldi, combattant dans la révolution du Rio Grande (Guerre des Farrapos), débarque à Laguna, où il fait la connaissance d’Anita. Le fille, attirée de l'esprit du combattant, en tomba amoureux : habile cavalière, elle forma le jeune matelot qui, de son côté, l'initia à la technique militaire. Ils commencèrent ainsi leur vie ensemble dans la bataille contre les forces impérialistes. Dans la bataille de Curitibanos au début de 1840, Anita fut faite prisonnière, mais le commandant ennemi, en admiration pour son tempérament farouche, se laissa convaincre de lui permettre de rechercher le cadavre du mari entre les morts de la bataille ; profitant d’un instant de distraction de la garde, elle saisit un cheval et s’enfuit pour retrouver Garibaldi à Vacaria, dans le Rio Grande. Le 16 Septembre 1840 naquit leur premier fils auquel ils donnèrent au nom d'un patriote italien, Menotti. Peu de jours après, Anita échappa à un nouveau guet-apens, en effet les impérialistes entourèrent la maison, mais elle s’échappa à cheval avec le nouveau-né dans les bras et rejoignit les bois où elle resta cachée pendant 4 jours jusqu’au moment où Garibaldi la retrouva. En 1841, la situation militaire devenant insoutenable, Garibaldi demanda et obtint du général Bento Gonçalves de quitter l'armée républicaine : Anita, Giuseppe et Menotti se rendirent donc à Montevideo où ils y restèrent 7 années. En 1842, ils rendirent officiel leur lien et se marièrent dans la paroisse de San Bernardino. En 1843 naquit Rosita qui mourut à l’âge de 2 ans. En 1845 naquit Teresita et en 1847 naquit Ricciotti Garibaldi

 

Statue d’Anita Garibaldi au Janicule à Rome

 

Les liens avec Garibaldi

Anita appuya toujours les choix de son mari. Ils continuèrent à avoir à des rapports avec les réfugiés politiques italiens jusqu’au moment où il constitua la Légion Italienne. En 1847, Anita revint à Nice chez la mère de Garibaldi. Le 9 février 1849, elle assista avec le mari à la proclamation de la République Romaine, mais l'invasion franco-autrichienne de Rome, après la défaite au Janicule, les força à quitter la ville. Anita, souffrante et en état de grossesse avancé, chercha à ne pas peser sur son mari, mais les conditions s'aggravèrent lorsque ils rejoignirent la République de Saint-Marin. Traqués par les ennemis, elle fut transportée en toute hâte dans une ferme de Mandriole, quartier de Ravenne où elle mourut, de la fièvre typhoïde, le 4 août 1849. Pendant les dix ans d'exil de Garibaldi les restes d'Anita furent exhumés au moins 7 fois de différents endroits. Pour respecter la volonté du mari sa dépouille fut transférée à Nice en 1859. En 1932 elle fut déposée sous le monument érigé sur le Janicule, à Rome. De nombreux monuments ont été érigés à sa mémoire au Brésil, notamment à Laguna, sa ville natale, et en Italie (entre autre la promenade de bord de mer de Nervi à Gênes). -oOo-