



LE RECITANT
Courez peuple de Nice, niçois allez au port
Il est là le trois-mâts, alourdi de trésors
Ils ont dompté les flots et vaincu le destin
Ils sont chargés de gloire nos illustres marins
Camàlou, serrez fort vos toiles de flanelle
Le vaisseau est chargé de blé et de cannelle,
De parfums d’outre-mer, de l’or de Cappadoce
Qui viendront illustrer vos torses de colosses.
Vous les enfants venez embrasser les héros
Leur visage est halé. Ils sont grands ils sont beaux
Vous avez tant pleuré, pour vous c’était l’hiver
Maintenant c’est l’été le retour de vos pères.
Que les femmes aillent mettre leurs robes de Vichy
Du rouge sur leurs joues pour revoir leurs maris
Les mères, allez ranger vos fichus lourds de deuil
De la maison vos fils vont refranchir le seuil.
LE CHANT DES CAMALOU
Arrêtez de chanter les rêves d’outre-mer
Les camàlou penchés y trouvent un goût amer
Car ils ploient sous le faix ces hercules des quais
Les sacs blessent leur dos, leur échine est courbée
Les arachides suintent et teintent les pavés
Mêlées à la sueur des pauvres journaliers
Mais il en est ainsi, nous sommes ouvriers
C’est la loi. Respectons cet ordre trop parfait.
Musique : Jean Badola
LES ENFANTS
Nous sommes les enfants des grecs et des romains
L’Acropole de Nice, l’arène des latins
Les trirèmes endormies en plage des Ponchettes
Les légions qui traçaient les chemins de conquête
Les enfants du mistral du Comte de Provence
Ceux du Duc de Savoie et ceux du Roi de France
Hier de la République aujourd’hui de l’Empire
Puis du Piémont-Sardaigne. Toujours prêts à mourir
Héritiers des Barbets nous préservons leur foi
Nous les fils de personne nous sommes les Niçois
Nous sommes les enfants ragazzi ou pitchoun
On dit aussi de nous pelegru, pelandroun
Mais qu’importe le nom, tous les fils du Paillon
De ce fleuve mythique, fleuve de déraison
Qui a soif aujourd’hui et qui demain déborde
Devient cheval furieux chevauché d’une horde
Les fils du Sourgentin qui irrigue Riquier.
Nous parlons le niçois un langage étranger
Une langue inconnue; la langue maternelle
Que l’on voudrait bannir mais qui est éternelle
Nous sommes épuisés, enfants de la misère
Nous avons travaillé le nez dans la poussière
Si nos mains sont des mains d’un vieil homme
de peine
Nous chantons nous rions semblant e vrais bohêmes
Mais quand tombe le soir, que l’on court sur la plage
Notre cœur est léger, flotte comme un nuage
Nous sommes mal vêtus, nous sommes en haillons
Mais le soleil est doux et souvent nous rêvons
Car nous le savons bien, nous serons capitaines
Nous irons conquérir les chimères lointaines
Musique : Fai la vireta
LES MARINS
Ce sont bien nos enfants ils épousent la mer
Ils vont vaincre les flots pour vaincre la misère
Notre pays est pauvre et pauvre est notre terre
Le travail y est rare et la vie est amère
Comme les vénitiens ils sont en épousailles
Ils épousent la mer pour y faire ripaille

